Au Vietnam, l’arrivée d’un enfant est un événement sacré qui engage bien plus que la cellule familiale : elle implique la lignée des ancêtres, la communauté et le monde invisible. Pour protéger la future mère et assurer le destin de l’enfant, la culture vietnamienne a érigé, au fil des siècles, un système complexe de croyances, de rites et surtout de tabous (kiêng cữ).
Bien que le pays soit pleinement ancré dans la modernité médicale en 2026, ces interdits — dictés par le bon sens populaire, l’astrologie ou l’équilibre des énergies Yin và Yang — restent profondément respectés. Que vous soyez un voyageur curieux, un professionnel de santé ou un expatrié, voici le guide ultime des tabous à connaître absolument avant, pendant et après un accouchement au Vietnam.
1. Avant l’accouchement : Les tabous de la grossesse
Durant les neuf mois de gestation, l’attention se porte sur la protection de l’esprit du fœtus. La femme enceinte au Vietnam doit naviguer parmi plusieurs interdits comportementaux et environnementaux :
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Ne pas assister aux funérailles : C’est l’un des tabous les plus stricts. La mort dégage une énergie froide et négative (âm khí) que l’on juge extrêmement nocive pour le fœtus. On craint que cela ne provoque une fausse couche ou que l’âme du défunt ne vienne troubler l’esprit de l’enfant.
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Éviter l’achat précoce du trousseau : Acheter les vêtements, le berceau ou les accessoires du bébé avant le 7e ou 8e mois de grossesse est considéré comme de mauvaise augure. Selon la croyance, cela pourrait “inviter” les esprits malveillants à voler l’enfant avant sa naissance.
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Ne pas franchir de hamac ou de corde : Une femme enceinte ne doit jamais enjamber un hamac, une corde ou un câble posé au sol. La superstition populaire y voit le risque que le cordon ombilical ne s’enroule autour du cou du bébé (dây rốn quấn cổ).
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L’interdiction de rénover la maison : Déplacer le lit conjugal, clouer un mur ou repeindre la chambre pendant la grossesse est proscrit. Ces actions risquent de perturber le Thần Thai (l’esprit du fœtus) qui réside temporairement dans les objets de la maison.
2. Pendant l’accouchement : Les secrets de la salle de travail
Au moment de la délivrance, les tabous se déplacent vers la discrétion absolue et la gestion de la douleur.
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Le silence des proches : Traditionnellement, l’accouchement ne doit pas faire l’objet de grandes discussions publiques. Annoncer trop bruyamment qu’une femme est en train d’accoucher pourrait attirer l’attention des esprits errants.
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La restriction de la présence masculine : Même si les mentalités urbaines évoluent rapidement, la salle d’accouchement est historiquement un espace exclusivement féminin. La présence d’hommes de la famille (hormis parfois le conjoint dans les structures privées) est souvent évitée, car le sang de l’accouchement est perçu dans les croyances anciennes comme une source de vulnérabilité spirituelle pour les hommes.
3. Après l’accouchement : Les interdits du post-partum (Ở cữ)
C’est la période où les tabous sont les plus nombreux et les plus rigoureux. Le corps de la mère étant considéré comme “froid” et affaibli, le premier mois de vie de l’enfant est régi par le protocole du ở cữ.
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Interdiction stricte de l’eau froide et des courants d’air : La jeune maman ne doit pas boire d’eau glacée, se doucher à l’eau froide ou s’exposer à la climatisation directe. Le non-respect de ce tabou est censé provoquer des douleurs osseuses irréversibles à l’âge mûr.
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Ne pas manger d’aliments “froids” (Hàn) : Les fruits de mer (crabes, escargots), les légumes crus et les fruits acides sont totalement bannis. Ils sont accusés de gâter le lait maternel et de causer des diarrhées chez le nourrisson. Le menu se limite au porc au curcuma et au poivre noir.
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Interdiction d’entrer dans la chambre de la accouchée : Durant les premières semaines, les personnes extérieures à la famille restreinte ne doivent pas rendre visite à la mère. On craint qu’elles n’apportent des énergies extérieures négatives (le vía độc ou “mauvais fluide”) qui rendraient le bébé pleureur ou malade.
4. Les tabous liés au nouveau-né
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Le tabou des compliments directs : Ne dites jamais d’un bébé vietnamien qu’il est “beau”, “mignon” ou “gros”. Les esprits jaloux pourraient l’entendre et venir perturber sa santé. Si vous voulez exprimer votre affection, vous devez obligatoirement faire précéder votre phrase de l’expression magique : « Trộm vía » (par exemple : “Trộm vía, le bébé a de jolies joues”).
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L’interdiction de couper les cheveux ou les ongles trop tôt : On évite de couper les premiers cheveux (cheveux de naissance) ou les ongles du nourrisson avant son premier mois, sous peine de couper prématurément son énergie vitale.
💡 FAQ — Réponses aux questions sur les tabous vietnamiens
Pourquoi applique-t-on une tache noire sur le front du bébé lors de sa première sortie ?
C’est un subterfuge spirituel. En marquant le front de l’enfant avec de la suie de marmite, du charbon ou un point de rouge à lèvres, les parents cherchent à rendre le bébé “imparfait” ou “laid” aux yeux des esprits malveillants, afin que ces derniers s’en désintéressent et le laissent grandir en paix.
Est-il vrai qu’une femme enceinte ne doit pas regarder de photos de personnes laides ?
Oui, selon une croyance populaire. On conseille traditionnellement aux futures mamans de ne regarder que de belles images, des paysages harmonieux ou des portraits de beaux enfants, et d’éviter les films d’épouvante ou les scènes choquantes. La croyance veut que les émotions visuelles de la mère impriment directement les traits physiques et le caractère du futur bébé.
Que se passe-t-il si l’on enfreint le tabou du « Đầy tháng » (la fête du premier mois) ?
La fête du premier mois (Đầy tháng) lève officiellement la majorité des tabous du post-partum. Enfreindre ce calendrier en organisant une fête trop tôt ou en sortant le bébé avant ses 30 jours est considéré comme une prise de risque inutile pour la santé immunitaire et spirituelle de l’enfant. C’est lors de ce rituel que l’on remercie officiellement les 12 fées accoucheuses (12 Mụ Bà) d’avoir protégé le nouveau-né.
Ces tabous s’appliquent-ils aux femmes expatriées accouchant au Vietnam ?
Le personnel médical dans les hôpitaux internationaux est habitué aux cultures occidentales et ne vous imposera jamais ces restrictions. Cependant, si vous vivez au sein d’une famille vietnamienne ou si vous employez une nounou locale (bảo mẫu), ces tabous referont surface de manière bienveillante. Il est alors conseillé de dialoguer avec respect pour expliquer vos propres habitudes médicales tout en comprenant la source de leurs inquiétudes.
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